[Page principale | La Bible | la Foi - l'Évangile | Études Bibliques]

 

QU’EST- CE QU’ON A RECONNU ?

 

ÉTAT DE LA CONTROVERSE

 

J. N. Darby

Ed. Vevey, 1852 ( ?)

[Les textes entre crochets ont été ajoutés par Bibliquest]

 

[En 1849, Ch.Saladin, Ancien de l’Église évangélique à Genève, a écrit un article intitulé « Le Plymouthisme mis en regard de la Parole de Dieu ». — J.N.Darby a fait une première réponse intitulée « Observations sur l’écrit intitulé ‘Le Plymouthisme mis en regard de la Parole de Dieu’ Ed. 1852. — La même année, Ch.Saladin a répondu dans « Quelques remarques adressées à mes frères en Christ au sujet du dernier écrit de Mr. Darby, par un Ancien de l’Église Évangélique à Genève », J.N. Darby a alors fait paraître l’« Appel à la conscience de ceux qui prennent le titre d’Anciens de l’Église évangélique à Genève », 1852 — Ch. Saladin a alors publié l’écrit intitulé « Dernier mot adressé à mes frères à l’occasion de L’APPEL À LA CONSCIENCE de M. Darby », Ed. 1852. — J.N. Darby fait alors le point de la controverse dans les pages 1 à 30 (numérotation selon l’original) du présent écrit intitulé « Qu’est-ce qu’on a reconnu – ÉTAT DE LA CONTROVERSE ».

Un P.S. à ce présent écrit est publié séparément par Bibliquest. En effet il consiste en une réponse à un article du comte de Gasparin dans les « Archives du christianisme ». Le comte Agénor de Gasparin a fait paraître un commentaire approbatif des « Quelques remarques adressées à mes frères en Christ… » de Ch. Saladin dans « Archives du Christianisme » du 11 sept. 1852 pages 131-133, et dans les pages 133-134 il a complété son article par un P.S. critiquant l’« Appel à la conscience de ceux qui prennent le titre d’Anciens de l’Église évangélique à Genève ». La réponse de J.N. Darby à cet article du comte de Gasparin et à son P.S., figure (également sous forme de P.S.) dans les pages 31 à 39 (numérotation selon l’original) du présent écrit. Elle en a été détachée vu le contenu.]

 

Table des matières abrégée :

1       [Cet article a simplement pour but de faire le point sur l’état de la controverse]

2       [Omissions / déformations en rapport avec le moment où Dieu substitue une économie à une autre]

3       [Omissions / déformations en rapport avec Matthieu 17:24-27]

4       [Omissions / déformations en rapport avec le rôle du péché des hommes dans la mise de côté d’une économie]

5       [État des questions restant en controverse]

6       [Points de la controverse où l’on dit avoir progressé]

7       [Les précédents écrits de JND ne sont rétractés en rien]

8       [Le rétablissement des Anciens. Le cas de Genève était représentatif du cas général]

 

 

Table des matières détaillée :

1       [Cet article a simplement pour but de faire le point sur l’état de la controverse]

1.1         [Il ne s’agit plus d’accuser ni de proclamer qu’on a gagné]

1.2         [Le débat nécessiterait de la droiture, mais la réponse précédente contient de graves omissions et déformations]

2       [Omissions / déformations en rapport avec le moment où Dieu substitue une économie à une autre]

2.1         [Économie déchue ou économie rejetée]

2.2         [Omissions de parties de texte sur lesquelles porte le débat]

3       [Omissions / déformations en rapport avec Matthieu 17:24-27]

3.1         [Une erreur ‘typographique’ qui porte à conséquence]

3.2         [Le blâme porté sur les propos relatifs à Matt. 17 porte en réalité sur ce que le Seigneur a dit]

4       [Omissions / déformations en rapport avec le rôle du péché des hommes dans la mise de côté d’une économie]

4.1         [Omissions sur Héb. 8 et Actes 7 qui font voir la malédiction sur les Juifs à cause de leurs péchés contre l’ancienne alliance]

4.2         [Dieu a mis fin à l’alliance de Sinaï à cause des péchés des hommes et non pas simplement pour mettre la grâce à la place]

4.3         [Dieu est souverain, mais il ne se permet pas pour autant de manquer à sa parole]

4.4         [La mise de côté de l’économie ne provient pas de la volonté de l’homme, mais de son infidélité]

4.5         [C’est à la suite du veau d’or que l’alliance première a été brisée. Dieu a montré ensuite de la miséricorde]

4.6         [Il n’y a pas eu restauration complète de la loi cérémonielle. Le peuple n’a pas retrouvé ce qui avait été perdu par la destruction du temple]

5       [État des questions restant en controverse]

5.1         [L’Église n’est pas devenue propriété de Satan, mais n’a pas, pour autant, retrouvé sa forme primitive]

5.2         [Pour savoir si Dieu a rejeté ou non l’ancienne économie, il faut se référer à Héb. 8-10, non pas à Lév. 26]

5.3         [Il y a eu restauration partielle des Juifs après la captivité. Pour les Gentils et l’Église, s’ils sont retranchés selon Rom. 11, pas de restauration]

6       [Points de la controverse où l’on dit avoir progressé]

6.1         [Apostasie de l’Église : un fait accompli ou futur ?]

6.1.1      [JND n’a nullement renoncé à l’apostasie comme fait accompli, car il ne l’a jamais cru]

6.1.2      [L’apostasie et la révolte finale sont futures, mais Jude identifie ce qui existait à son époque avec ce qui doit être jugé à la fin. Il faut avertir]

6.1.3      [L’iniquité qui se développe déjà est moralement l’apostasie, même si sa manifestation publique est future]

6.1.4      [On acceptait la doctrine de l’apostasie quand on pouvait en accuser les autres. On n’en veut plus depuis qu’on a vu que les prétentions de la chrétienté doivent tomber]

6.2         [Moment où les économies sont rejetées]

6.2.1      [Ne pas confondre économie rejetée et supprimée. Patiente bonté de Dieu qui attend qu’il n’y ait plus de remède]

6.2.2      [Rétablissement de l’économie mosaïque après le retour de la captivité, mais sans l’arche, sans le sang sur le propitiatoire]

6.3         [L’économie du Nouveau Testament : elle subsiste, mais l’institution des anciens est suspendue]

6.4         [« Ne pas céder à Satan » n’implique pas de reprendre des institutions sans Dieu et sans l’autorité de la Parole]

7       [Les précédents écrits de JND ne sont rétractés en rien]

7.1         [Il faut insister toujours davantage sur ce que l’apostasie est venue]

7.2         [En face de l’apostasie, seule la venue du Seigneur peut relever le cœur. Urgence d’insister sur ces vérités]

7.3         [Bref rappel de l’aboutissement de la chrétienté]

8       [Le rétablissement des Anciens. Le cas de Genève était représentatif du cas général]

8.1         [L’établissement des Anciens a-t-il été selon la Parole ?]

8.2         [En finale du sujet de la rupture des relations de Dieu avec Israël à cause de leurs péchés]

8.3         [Le principe de la volonté populaire comme source d’autorité dans l’Église illustré dans le cas de l’établissement des Anciens]

8.4         [Ne pas parler la « langue de bois »]

 

 

1         [Cet article a simplement pour but de faire le point sur l’état de la controverse]

1.1        [Il ne s’agit plus d’accuser ni de proclamer qu’on a gagné]

Vous n’aurez pas à craindre, Monsieur [Ch. Saladin], qu’en faisant quelques remarques à l’occasion de votre Dernier Mot, je vous attaque de nouveau. Ce qui m’a porté à reprendre la plume est le résumé que vous avez fait de l’état de la controverse. Je désire constater et déclarer ce qui en est et où j’en suis à cet égard.

Il me semble même que votre brochure manifeste une certaine componction à l’égard du contenu de la précédente. La moindre apparence d’un esprit pareil devrait être, pour un chrétien, le signal de s’abstenir de ce qui pourrait empêcher le retour du cœur à de meilleurs sentiments et en détruire les premiers germes, en irritant de nouveau celui en qui Dieu agit par son Esprit. Cette seule raison suffirait pour que je ne poursuivisse pas le chemin de l’accusation, là même où vous vous y prêteriez de nouveau. C’est ce qui me décide. Mais, en second lieu, si cette raison décisive n’existait pas, je vous ai dit que vous seriez à l’abri de toute attaque de ma part et je m’en tiens à ce que j’ai dit. Vous vous vantez du terrain qu’on a gagné sur moi dans cette controverse. Je vous laisse, sans regret, la gloire, s’il y en a, du combat. Si la vérité a été manifestée d’une manière plus claire par cette controverse, tout le monde y gagnera. Il n’y aura que des partisans qui s’occuperont de la trompette qu’on sonne devant soi à son retour du combat. Il n’y en aura qu’une de ces trompettes au moins. Quelle que soit la valeur de ces fanfares, elles seront toutes à vous ; l’attention qu’elles attirent sera dirigée sur vous seul. Mais il y a quelques points que je tiens à constater sur les sujets qui ont été traités, parce qu’il s’agit de la vérité, de la foi et des consciences des chrétiens.

 

1.2        [Le débat nécessiterait de la droiture, mais la réponse précédente contient de graves omissions et déformations]

En le faisant, je vous ferai remarquer sérieusement jusqu’à quel point on peut dire que la droiture chrétienne a été rétablie par votre réponse, et j’attirerai l’attention de mon lecteur sur des omissions graves qui regardent le fond de la question, omissions qui touchent à la vérité que la Parole de Dieu met devant nos consciences, sans entrer toutefois de nouveau dans la controverse ; ensuite je constaterai où nous en sommes à l’égard des points auxquels je viens de faire allusion, tels que l’apostasie et d’autres encore : c’est là en particulier mon but, en prenant la plume.

Pour ce qui regarde le premier point, en général les faits sont admis, il ne s’agit que du jugement à porter sur ces faits. Je laisse à chacun à porter le sien. Je pèse les excuses que vous faites dans votre brochure actuelle, sans dire un mot qui puisse vous blesser. Je ne ferai autre chose que mettre les faits dans leur vrai jour à quelques égards, afin que vous les ayez sur votre conscience, de laquelle l’attention, je le crois, a été réveillée.

Vous aviez dit : « il est nécessaire de transcrire ici les passages du Plymouthisme » ; vous admettez que vous ne l’avez pas fait, vous n’avez transcrit, dites-vous (p. 5), que la pensée. Je ne sais pas trop ce que veut dire « transcrire une pensée ». Vous aviez plein droit, sans doute, « d’exposer plus clairement ou plus brièvement votre pensée ». Personne ne le conteste, mais aviez-vous le droit de dire que c’était transcrire le passage, lorsque vous l’aviez beaucoup changé ? Et permettez-moi de vous demander : Croyez-vous que « la pensée soit rigoureusement reproduite ? ».

 

2         [Omissions / déformations en rapport avec le moment où Dieu substitue une économie à une autre]

Le passage du Plymouthisme disait : « que les hommes ayant fait défaut aux intentions de Dieu » etc. « dès lors Dieu supprimait l’économie déchue pour en substituer une autre » etc.

 

2.1        [Économie déchue ou économie rejetée]

C’était là le point essentiel du passage. Vous nous donnez le passage ainsi dans votre seconde brochure : « lorsque les hommes ont fait défaut aux institutions de Dieu etc. l’économie se trouve, par le fait des péchés des hommes, corrompue et ruinée. M. Darby affirme que Dieu la rejette pour y en substituer une autre etc. ». Est-ce que : ‘dès lors Dieu supprimait l’économie déchue’, est la même chose que : ‘l’économie se trouve, par le fait des péchés des hommes, corrompue et ruinée’ ? Est-ce que la pensée est rigoureusement reproduite ? Vous ajoutez : « M. Darby affirme que Dieu la rejette pour y en substituer une autre et que dès lors il y a péché à vouloir rétablir dans son état primitif ce que Dieu a définitivement aboli ». Est-ce que « Dès lors Dieu supprimait l’économie déchue », se trouve dans la seconde version du passage ? La seconde version de votre pensée est presque inintelligible, il est vrai, mais elle l’est parce qu’elle a mis de côté cette phrase : « Dès lors Dieu supprimait », qui est très-claire, et substitué une autre, savoir que « par le fait des péchés des hommes l’économie se trouve corrompue et ruinée », pensée qui ne se trouve pas du tout dans la première version. Or c’était un point capital. Ensuite toute la controverse roule aussi sur la question des institutions et leur analogie avec des lois qui ne se corrompent pas, et vous avez changé « intentions » en « institutions ». Enfin il s’agissait de la stabilité des ordonnances et de leur corruption. Et dans la phrase : « en dénaturant les lois et ordonnances », vous avez omis « et ordonnances », pour ne laisser que des lois qui, en effet, ne peuvent guère être dénaturées, tandis que les ordonnances le peuvent bien et disparaître même de fait, ce qui ne peut pas avoir lieu à l’égard de l’autorité d’une loi. N’y avait-il pas des changements importants, précisément dans les points capitaux sur lesquels toute la discussion roulait ? Je laisse encore à votre propre conscience à en juger.

 

2.2        [Omissions de parties de texte sur lesquelles porte le débat]

Ensuite vous déclarez que vous avez « exactement reproduit le texte même qui fait l’objet du débat ». « J’ai », dites-vous, « transcrit textuellement, entre guillemets, la conclusion que j’ai cru pouvoir déduire etc. ». Vous aviez écrit en effet ce que vous transcrivez de nouveau dans votre Dernier Mot. Soit, je ne me suis pas plaint du contraire, je me suis plaint de ceci : Vous m’avez accusé de dénaturer entièrement la forme de votre pensée par des soustractions et des additions de mots. Vous avez ensuite, pour le démontrer, transcrit le passage que vous avez reproduit ici et vous avez ajouté : M. Darby rédige ainsi cette proposition, mais vous avez omis la moitié de ce que j’ai rédigé, et ce qui contenait les pensées que vous prétendiez être des additions faites dans ma rédaction. Or je vous ai répondu que ce n’était pas cette proposition que j’avais rédigée, mais celle-là et une autre qui contenait les choses, que vous m’accusiez d’avoir ajoutées à la forme de votre pensée en soulignant les mots qui le démontraient ; accusation soutenable, si je n’avais rédigé que la proposition que vous avez citée. Vous me répondez maintenant en reproduisant le passage sans rien dire de ce que vous avez omis. Est-ce une réponse ? Il s’agit de ce que vous aviez omis, non pas de ce que vous aviez transcrit, ce dont je ne me plaignais pas. Ce passage donnerait occasion à des remarques, mais je n’en fais point : je me borne absolument à attirer votre attention sur la question, si c’est une réponse.

Chacun peut juger, s’il se donne la peine de lire ce que vous avez écrit et que j’ai aussi cité, si vous avez, pour le fond, dit ce que je vous ai fait dire. Pour la forme je ne m’en inquiète pas. Je parle de cette phrase, p. 6 : « l’auteur n’a pas dit un mot de tout cela, c’est M. Darby qui le lui attribue ».

 

3         [Omissions / déformations en rapport avec Matthieu 17:24-27]

3.1        [Une erreur ‘typographique’ qui porte à conséquence]

Ensuite vous dites : « Je m’empresse de reconnaître que j’ai, en effet, commis une faute typographique, mais rien de plus ». Mais vous vous fondez sur cette faute typographique (!) en m’accusant d’appuyer (et cela à l’égard de la conduite du Sauveur lui-même) la doctrine des rationalistes. Car vous interprétez ce « tout » ainsi : « En effet Jésus se soumettait à la loi ». Si j’avais dit qu’il se soumettait à tout ce qu’on exigeait de lui, j’aurais compris l’accusation. Elle serait encore injuste, car se soumettre à tout ce que les Juifs exigeaient de lui, est après tout une toute autre pensée que ce que la loi exigeait de lui de la part de Dieu. Je n’ai pas fait ressortir cette différence dans mon Appel, parce que la phrase ne se rapportait absolument qu’à un cas particulier et si évidemment à cela, et à rien autre, que j’aurais oublié de répondre à cette accusation dans ma dernière brochure, comme n’en valant pas la peine, si l’on n’avait pas attiré mon attention sur ce point. Est-il nécessaire de répéter que les mots, « pour ne pas les scandaliser », sont les paroles de Jésus lui-même quand il payait la didrachme ? Je parlais du temple vide de la gloire de Dieu en contraste avec son corps, vrai temple, et de la soumission du Seigneur à ce que les Juifs exigeaient, en rapport avec ce temple et nullement de la loi de Dieu.

 

3.2        [Le blâme porté sur les propos relatifs à Matt. 17 porte en réalité sur ce que le Seigneur a dit]

L’auteur se trompe dans son interprétation de ce que le Seigneur dit. Jésus ne dit pas qu’il devrait être exempt comme souverain possesseur et créateur de toutes choses. Cette interprétation détruit toute la beauté du passage. Il dit : les fils en sont donc exempts, mais afin que nous ne les scandalisions pas, etc. Quant à « l’accusation de traiter cet acte du Seigneur d’accommodation pour le besoin de la cause », je la laisse « subsistant dans toute sa force » à l’appréciation de chaque chrétien. Elle est fondée sur le fait que j’ai dit que le Seigneur se soumettait à ce qu’on exigeait à l’égard du temple pour ne pas les scandaliser. L’auteur nous dit que le « caractère moral du Seigneur en est ... atteint ». Jacques nous dit : « Si vous transgressez la loi en un seul point, vous êtes coupables de tous ». L’auteur oublie que, si la remarque ne se rapporte qu’à cette seule occasion, ainsi qu’il le suppose ici, il accuse les paroles du Seigneur lui-même d’être un juste fondement pour cette accusation, car je n’ai fait que les reproduire sans les commenter ou les interpréter. Je sais bien que c’est moi qu’il veut en rendre coupable et non pas le Seigneur, mais il devrait examiner le passage et savoir ce qu’il fait. J’ai reproduit les paroles du Seigneur sans interprétation, et il dit que c’est lui attribuer cette accommodation, que c’est porter une atteinte à son caractère moral. Or dans ce cas, ce sont ses paroles qui le feraient ; c’en est assez.

 

4         [Omissions / déformations en rapport avec le rôle du péché des hommes dans la mise de côté d’une économie]

4.1        [Omissions sur Héb. 8 et Actes 7 qui font voir la malédiction sur les Juifs à cause de leurs péchés contre l’ancienne alliance]

Je signalerai maintenant les omissions graves sur le point capital que nous traitons, qui se trouvent dans la brochure. Rien n’est dit sur l’enseignement de l’épître aux Hébreux. Pourquoi ce silence ? C’est la partie de la Parole qui traite expressément ce sujet. Cependant il est impossible d’avoir un mot de réponse là-dessus. Je ne demande pas qu’on rompe le silence. Le silence même en dit assez. Mais le lecteur remarquera que cette dernière brochure avance plus loin dans l’erreur, là où le silence n’est pas gardé. Nous y lisons : Elle (c’est-à-dire la malédiction temporaire qui pèse sur eux (les Juifs)) n’a pas pour cause leurs péchés contre l’ancienne alliance. Comment est-ce qu’on ose dire cela, quand la Parole dit le contraire ? Quand Dieu a dit : « Je consommerai en faveur de la maison d’Israël et de la maison de Juda une alliance nouvelle, non pas selon l’alliance que je fis avec leurs pères, au jour que je les pris par la main pour les faire sortir de la terre d’Égypte, parce qu’ils n’ont pas persévéré dans mon alliance et que moi je ne me suis plus soucié d’eux, dit le Seigneur » [Héb. 8], comment ose-t-on dire, après une pareille déclaration de la Parole, que la malédiction temporaire n’a pas pour cause leurs péchés contre l’ancienne alliance ? J’ai déjà attiré l’attention de l’auteur sur ces paroles de l’Écriture ; ce n’est que résister à la vérité qu’elle enseigne, que de dire ce que je viens de reproduire.

Je cite encore un passage d’autant plus remarquable qu’il fait partie d’un discours par lequel, on peut le dire, les rapports de Dieu avec ce peuple à Jérusalem se sont terminés. Je parle de Actes 7 : « M’avez-vous offert des victimes et des sacrifices pendant quarante ans dans le désert, ô maison d’Israël ? Et vous avez porté la tente de Moloch et l’astre de votre Dieu Remphan, les figures que vous avez faites pour les adorer ; aussi vous ferai-je émigrer au-delà de Babylone ». Remarquez ce mot Babylone, à la place de Damas qui se trouve dans le prophète. Étienne rapporte la malédiction temporaire, qui pèse actuellement sur les Juifs, à l’idolâtrie de ce peuple dans le désert lors de leur sortie d’Égypte. Sans doute ils ont mis le comble à leur résistance au Saint-Esprit en ce qu’ils ont fait à Étienne lui-même, qui rendait témoignage à un Jésus glorifié qu’ils avaient déjà rejeté dans son humiliation.

 

4.2        [Dieu a mis fin à l’alliance de Sinaï à cause des péchés des hommes et non pas simplement pour mettre la grâce à la place]

On nous dit : ce qui a mis fin à l’alliance de Sinaï, c’est la grâce en vertu des promesses et non les péchés des hommes. Les passages que j’ai cités et tous ceux que j’avais rappelés dans mes précédentes brochures suffisent pour réfuter cette assertion « et non les péchés des hommes ». La Parole dit le contraire, mais je cite ces mots pour faire voir que l’opposition qu’on veut faire entre ces deux choses est sans fondement. Sans doute la grâce a remplacé l’alliance de Sinaï, mais cela n’empêche pas que Dieu qui a fait grâce ait mis fin à l’ancienne alliance à cause de l’infidélité des hommes à cette alliance. Le témoignage de sa parole est positif là-dessus. Personne ne nie que, quand la première alliance devait être mise de côté, la grâce ne soit venue par Jésus-Christ. La question est : pourquoi est-ce que Dieu ôte la première ? Sa sagesse n’a-t-elle pas trouvé la juste occasion de ce jugement dans le péché de l’homme ? Quand Adam a été chassé du paradis terrestre, la grâce a remplacé l’état de bénédiction dont la jouissance se rattachait à l’observation d’une loi qui lui était imposée. Cependant c’était un jugement de Dieu qui a mis fin à l’état précédent de l’homme et y a mis fin à cause de son péché. [pas de saut de paragraphe dans l’original]

 

4.3        [Dieu est souverain, mais il ne se permet pas pour autant de manquer à sa parole]

Mais il y a un autre principe encore engagé dans cette question. Est-ce que Dieu aurait pu mettre fin à une alliance conditionnelle, aurait-il pu l’ôter, si l’homme avait fidèlement observé la condition à laquelle il s’était engagé ? Dieu s’était lié dans cette alliance par une promesse, si l’homme observait une certaine condition. Dans le cas où l’homme l’eût observée, est-ce que Dieu aurait pu dire : je l’ôterai, je l’enfreindrai, moi ? J’ai bien dit que celui qui fait ces choses vivra par elles, mais c’est égal, vous ne vivrez pas par elles ? J’ai un autre moyen et vous vivrez par ce moyen-là ? Je sais bien que l’homme ne pouvait pas. C’est ce que Dieu a voulu démontrer, afin que le péché parût péché et fût excessivement pécheur [Rom. 7:13], et c’est ce qu’il a démontré. Or le système anti-scripturaire que je combats ne veut pas que ceci soit démontré. On affirme que la grâce a mis fin à l’alliance de Sinaï et non les péchés des hommes. Mais on renverse toute la sagesse et la perfection des voies de Dieu par cette doctrine en résistant aussi au témoignage positif de la Parole. « Les deux parties, nous dit-on, d’une alliance sont entièrement indépendantes l’une de l’autre. Voilà une singulière alliance au moins. On s’engage par une alliance, et sous ce rapport on n’est plus indépendant. C’était une condescendance infinie de Dieu que de s’engager, mais pouvait-il y manquer une fois qu’il a daigné s’engager ? S’il le pouvait toute espérance serait perdue.

 

4.4        [La mise de côté de l’économie ne provient pas de la volonté de l’homme, mais de son infidélité]

L’existence de l’économie, dit-on, n’est point confiée à la volonté de l’homme, elle reste en dehors de lui ; elle émane de Dieu et ne dépend que de sa volonté souveraine. C’est encore une erreur : les principes de l’économie sont tels que Dieu les veut, mais l’existence de l’économie pend [dépend], parce que Dieu ne peut pas manquer à sa parole, de ce qu’il a déclaré dans l’alliance même à l’égard des conditions desquelles elle devait dépendre, ainsi que de la révélation que Dieu a faite de son caractère dans la Parole. Or dans ce cas, il l’a fait dépendre non pas de la volonté, mais de la fidélité de l’homme, de son observation des conditions qui lui sont imposées par la teneur de l’alliance. Elle demeure, dit-on encore, immobile jusqu’à ce que le souverain la modifie ou la supprime dans le temps qu’il a déterminé pour cela. Dieu peut ajouter des bénédictions, sans doute, dont Il n’a jamais parlé ; mais où est-ce qu’on apprend que, si Dieu a daigné engager sa parole aux hommes, Il modifie ses engagements à son gré ? Quelle différence dans le saint raisonnement de l’apôtre, Gal. 3:15 : « Si une alliance est établie même par un homme, personne ne l’annule ni n’y ajoute ». Je ne doute pas que Dieu ne supprime l’ancienne alliance dans le temps déterminé pour cela. Tout le monde le reconnaît. La question est, pourquoi fait-il cela ? quel est le temps déterminé pour cela ? N’est-ce pas quand l’homme y a manqué et que, malgré la longue patience de Dieu, il n’y a plus de remède ? On renverse ici la fidélité de Dieu pour établir sa souveraineté.

Les promesses faites aux pères sont sans condition, Dieu les accomplit infailliblement.

 

4.5        [C’est à la suite du veau d’or que l’alliance première a été brisée. Dieu a montré ensuite de la miséricorde]

Les promesses faites sous la loi sont faites sous condition d’obéissance de la part du peuple. « Maintenant, dit Dieu, si vous obéissez exactement à ma voix, vous serez mon plus précieux joyau ». Le fait est que l’alliance de la loi proprement dite a été terminée quand Moise, à la vue du veau d’or, a brisé les tables. Les relations de Dieu avec le peuple ont été souverainement rétablies, sur l’intercession de Moïse, par Celui qui a dit : j’aurai compassion de qui j’aurai compassion et je ferai miséricorde à qui je ferai miséricorde. La patience de Dieu a continué ces relations et supporté le peuple. Voyez Exode 34:6, 7, et verset 27 ; l’Éternel dit à Moïse : écris ces paroles car suivant la teneur de ces paroles, j’ai traité alliance avec toi et avec Israël. Après le veau d’or on trouvera que Dieu introduit ces paroles « avec toi » qui se rapportent à Moïse qui avait intercédé pour le peuple. Il appelle même Israël : ton peuple, en parlant à Moïse.

La question donc n’est pas, si Dieu avait déterminé le temps, mais si, au temps déterminé, Il ne met pas fin à l’alliance à cause des péchés d’Israël, point sur lequel la Parole ne laisse aucun doute et à l’égard duquel le système auquel je m’oppose est en pleine contradiction avec la parole expresse de Dieu.

 

4.6        [Il n’y a pas eu restauration complète de la loi cérémonielle. Le peuple n’a pas retrouvé ce qui avait été perdu par la destruction du temple]

Mais on va encore plus loin. « Dieu, est-il dit, usa envers son peuple du droit qu’il s’était réserve dans l’alliance. En vertu de ce droit, Il retira sa gloire du temple, Il ne communiqua plus avec son peuple, au moyen de l’Urim et du Thummim ; l’arche ne reparut pas. Toutes ces choses étaient des témoignages de la faveur de l’Éternel ; elles furent supprimées en vertu de la sanction pénale de l’alliance. Mais rien de tout cela ne faisait partie de la loi, ni n’était nécessaire à son exécution. Le sacerdoce recommença ses fonctions. L’autel fut replacé sur ses fondements, et les holocaustes, les sacrifices et les cérémonies furent rétablis selon les ordonnances ».

Si la vérité, qu’on cherche à déshonorer par le nom offensif de Darbysme, force ses antagonistes à se placer sur ce terrain-là pour s’y opposer ; s’il est nécessaire d’affirmer des choses pareilles pour éviter la force de ses conclusions, et effectivement c’est ce qui a lieu, il est impossible d’avoir une démonstration plus forte de la vérité à laquelle on s’oppose.

Quand j’ai lu : « rien de tout cela ne faisait partie de la loi ni n’était nécessaire à son exécution », j’ai pensé que peut-être on voulait parler des dix commandements ou du sommaire de la loi que donne le Sauveur. Or l’absence de ces instruments sacrés du culte lévitique ne faisait rien, pas plus que leur présence, à l’observation des dix commandements ou de l’amour de Dieu et du prochain. Les institutions n’y sont pour rien, à moins que ce ne soit comme moyen et aide, mais on n’abandonne pas en effet la question à ce point-là. Ces choses, affirme-t-on, n’étaient pas nécessaires à l’exécution de la loi dans sa partie cérémonielle : « les cérémonies furent rétablies selon les ordonnances ». Que répondre à une assertion pareille ! Toutes les relations d’Israël avec Dieu « selon les ordonnances » dépendaient de ce que le souverain sacrificateur mit le sang du veau et du bouc une fois par an sur le propitiatoire, qui était le trône de la gloire divine sur la terre, de Celui qui s’asseyait entre les chérubins. Or il n’y avait ni gloire, ni trône, ni chérubin, ni propitiatoire ; le fondement de toutes les cérémonies manquait. La cérémonie des cérémonies, de laquelle toutes les autres dépendaient [Grand jour des propitiations de Lév.16], ne pouvait jamais être rétablie selon les ordonnances. Est-ce que les cérémonies étaient rétablies, et plus encore les sacrifices et les cérémonies rétablis selon les ordonnances, sans propitiatoire, et sans que la gloire de Dieu auquel on offrait y fût ? Le propitiatoire n’était-il pas nécessaire à l’exécution de la loi au grand jour d’expiations ? Est-ce que « l’exécution de la partie cérémonielle ... fut aussitôt après [le retour de la captivité] remise en usage selon le livre de la loi sans propitiatoire ?

Il ne vaut guère la peine d’entrer plus en détail ni de poursuivre ce sujet, en présence d’assertions pareilles et d’assertions faites quand l’attention a été attirée sur ce point.

 

5         [État des questions restant en controverse]

Enfin, venons-en au résumé de l’état de la controverse.

 

5.1        [L’Église n’est pas devenue propriété de Satan, mais n’a pas, pour autant, retrouvé sa forme primitive]

Premièrement, ce n’est pas la forme primitive de l’Église qui est devenue la propriété de Satan, ni, il va sans dire, la vraie Église elle-même. L’Église a perdu sa forme primitive. Je comprends que quelqu’un, qui pense que toute la partie cérémonielle de la loi a été rétablie sans le propitiatoire, peut s’imaginer que l’Église aussi a retrouvé ce qu’elle avait perdu. L’une de ces pensées vaut à peu près autant que l’autre.

 

5.2        [Pour savoir si Dieu a rejeté ou non l’ancienne économie, il faut se référer à Héb. 8-10, non pas à Lév. 26]

Dieu, nous dit-on, ne rejette pas l’économie, mais il punit le pécheur.

C’est ici que l’épître aux Hébreux, qui traite ce sujet, se présente naturellement pour voir ce que Dieu dit. Mais on évite de rappeler son existence en disant : Le 26 chapitre du Lévitique est l’acte constitutif de l’ancienne alliance — assertion assez singulière. — Or l’apôtre dit que cette ancienne alliance est mise de côté, l’auteur ne le nie pas. Le 26 du Lévitique déclare que, dans le cas du péché obstiné du peuple, Dieu se souviendra de l’alliance faite avec les Pères avant la loi et garde le silence à l’égard de l’alliance de Sinaï.

Il faut chercher ailleurs la doctrine positive de la Parole sur ce point et le témoignage est on ne peut plus clair à cet égard.

 

5.3        [Il y a eu restauration partielle des Juifs après la captivité. Pour les Gentils et l’Église, s’ils sont retranchés selon Rom. 11, pas de restauration]

Quant à la continuation de l’histoire des Juifs après la captivité de Babylone, Dieu avait annoncé que cette captivité se terminerait à la fin de 70 ans ; ce qui a eu lieu. Quant à notre état actuel, il a annoncé que, si les gentils ne persévèrent pas dans la bonté, ils seront retranchés, et que le mal introduit dans le temps des Apôtres aura pour résultat final la manifestation de l’homme de péché, que le Seigneur détruira par son apparition.

C’est à des révélations positives sur ces sujets solennels que j’adresse la conscience de mes lecteurs. À des vérités solennelles contenues dans la parole de Dieu, se rapportant à un jugement qui reste suspendu sur la tête de l’Église professante, sur cette chrétienté qui est le résultat, de la corruption de la vérité et des ordonnances de Dieu ; en un mot, de la corruption de l’Église.

 

6         [Points de la controverse où l’on dit avoir progressé]

Maintenant pour les points de-progrès.

 

6.1        [Apostasie de l’Église : un fait accompli ou futur ?]

6.1.1        [JND n’a nullement renoncé à l’apostasie comme fait accompli, car il ne l’a jamais cru]

On a renoncé, dit-on, [Autrement dit : Saladin dit que Darby a renoncé] à l’apostasie de l’Église comme fait accompli. Je répète ce que j’ai souvent rappelé, que ce sont ceux qui s’opposent à mes vues, qui enseignent que l’apostasie est un fait accompli. Je prie le lecteur d’y faire attention, parce que, en s’en souvenant, il verra quelle est la force de bien des objections captieuses. Ils appliquent le second [chapitre] de la seconde aux Thessaloniciens au papisme (ainsi que les 1260 jours, [des] années selon eux). Or c’est là qu’il est parlé de l’apostasie qu’ils croient ainsi être un fait accompli. On n’a qu’à demander à M. Gaussen, ou si l’on veut, à examiner ses livres, et il ne restera aucune incertitude sur ce point. Ou l’on peut prendre l’histoire de l’Église par M. Guers, et le titre courant des pages vous indiquera : l’apostasie commencée, l’apostasie en progrès et l’apostasie consommée. Je ne sais pas s’ils ont été obligés d’y renoncer ou non. Quant à moi, je crois que cette apostasie, dans sa manifestation publique et formelle, est à venir : c’est ce que j’ai pensé depuis 1827.

 

6.1.2        [L’apostasie et la révolte finale sont futures, mais Jude identifie ce qui existait à son époque avec ce qui doit être jugé à la fin. Il faut avertir]

Au lieu d’avoir renoncé à la doctrine de l’apostasie, ainsi que je l’entends et que je l’ai expliquée, je tiens à dire que je crois bien sérieusement qu’il est toujours plus important d’en avertir les Chrétiens. Le principe, qui aboutira à cette révolte terrible, opérait déjà du temps de l’apôtre. Cette semence de l’ennemi est signalée par Jude comme déjà entrée dans l’Église visible, et il déclare que c’est de ceux-là qu’Énoch a prophétisé, en annonçant le jugement qui doit être exécuté à l’arrivée du Seigneur. Diriger l’attention de l’Église sur ce germe de ce qui est le principe corrupteur de l’Église, et qui se développe en amenant une apostasie, une révolte ouverte, est de la plus haute importance : ce germe a été tellement développé dès lors que ses fruits ont été traités par d’excellents chrétiens comme l’apostasie pleinement accomplie. Je crois qu’ils se trompent, mais c’est un tel développement que, moralement, ils ont raison, et Jude parle d’un développement bien plus partiel comme étant ce qui devait être jugé à la fin ; à plus forte raison quand le mal s’est déployé de manière à envahir le monde, à s’emparer de sa puissance et à établir son empire partout comme si ce monde était l’Église, et que l’Église fût de ce monde. Je crois que ceux qui cherchent à affaiblir l’impression du témoignage à l’égard de ce mal et à détruire la pensée qu’il est moralement l’apostasie elle-même font l’œuvre de l’ennemi.

 

6.1.3        [L’iniquité qui se développe déjà est moralement l’apostasie, même si sa manifestation publique est future]

J’insiste donc plus que jamais sur ceci, que le résultat de ce qui se passe ici-bas à l’égard de l’Église est une apostasie, et qu’il est de toute importance de signaler ce qui est déjà arrivé comme étant ce mal, comme étant moralement parlant l’apostasie, bien que sa manifestation publique et ouverte soit encore différée.

 

6.1.4        [On acceptait la doctrine de l’apostasie quand on pouvait en accuser les autres. On n’en veut plus depuis qu’on a vu que les prétentions de la chrétienté doivent tomber]

Est-ce peu de chose, que le mal qui amènera le jugement terrible de Dieu sur la chrétienté existe quoiqu’encore bridé ! N’est-il pas important de lui donner son vrai nom, son vrai caractère, quoiqu’il se cache et parce qu’il se cache ? Or voici pourquoi on s’y oppose. La Parole déclare que si ce mal entrait — et elle fait voir qu’il était déjà entré du temps des apôtres, — il continuerait son chemin, irait de mal en pis et qu’il y aurait un retranchement, comme cela a eu lieu dans le cas des Juifs. En un mot, que le jugement attend la chrétienté tout entière, sauf les membres de Christ qui iront à sa rencontre dans le ciel avant qu’il l’exécute. On a reçu la doctrine de l’apostasie, quand on pouvait en accuser les autres, et jusqu’à ce qu’elle touchât toutes les prétentions des gentils condamnées par l’apôtre : alors ces docteurs n’en ont plus voulu, parce que leurs propres prétentions, et celles de la chrétienté enorgueillie tout entière, devaient tomber aussi.

Je crois que l’oubli de cette solennelle vérité, ou de son application à tout ce qui se vante soi-même comme étant la chrétienté, est un profond mal. La page à laquelle nous sommes renvoyés ne parle pas un autre langage. Il est important, dis-je, de faire comprendre aux fidèles qu’en principe cette apostasie est là. J’insiste encore sur ce point, et au lieu d’y renoncer je conjure mon lecteur pour l’amour de Jésus d’y faire attention.

 

6.2        [Moment où les économies sont rejetées]

6.2.1        [Ne pas confondre économie rejetée et supprimée. Patiente bonté de Dieu qui attend qu’il n’y ait plus de remède]

On dit que j’ai [Autrement dit : Saladin a dit que Darby a] « été obligé de reconnaître que les économies ne sont pas rejetées au moment où les hommes ont péché contre elles ».

L’auteur m’avait faire dire cela ; c’est un des passages qu’il a changés en ce qu’il disait transcrire. Je n’ai jamais entretenu la pensée, sinon pour la réfuter quand elle a été présentée, si par rejeter on veut dire supprimer ou mettre de côté. Dans les pensées de Dieu cependant, elles sont bien rejetées, mais sa patience ne lui permet pas de les supprimer jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de remède.

Cependant si je tenais à être très-exact, je dirais que ce qu’on me dit obligé de reconnaître, je ne le reconnais pas, car je crois que réellement une économie est rejetée aussitôt que les hommes ont péché contre elle. Ce que j’ai enseigné dans le passage cité, c’est que Dieu ne la supprimait pas aussitôt, quoiqu’on m’eût fait dire le contraire, que je n’ai jamais pensé. L’économie qui est basée sur des conditions, est au fond rejetée aussitôt que l’homme a manqué à ces conditions ; elle n’est supprimée, à cause de la patiente bonté de Dieu, que quand il n’y a plus de remède. Ce qu’on me fait reconnaître, je ne le reconnais pas ; ce qu’on me fait dire, je ne l’ai jamais dit, mais bien le contraire.

 

6.2.2        [Rétablissement de l’économie mosaïque après le retour de la captivité, mais sans l’arche, sans le sang sur le propitiatoire]

Quant au rétablissement de l’économie mosaïque après le retour de la captivité, on ne cite pas de page de mes écrits comme preuve de leur assertion que je ne peux le nier. Je suppose que je n’en ai rien dit. Que ces institutions aient été partiellement rétablies après la captivité, cela est vrai, je ne me rappelle pas en effet de l’avoir nié. Je me rappelle d’avoir, dans un petit écrit que j’ai publié en anglais en 1827, présenté la réformation comme ayant une certaine analogie avec cet événement. J’ai fait remarquer ailleurs que bien des choses n’ont pas pu être rétablies. L’auteur du ‘Dernier Mot’ dit que les cérémonies ont été rétablies selon les ordonnances malgré l’absence de l’arche. Je ne pense pas qu’il en convainque un lecteur qui sait ce que c’était que le sang sur le propitiatoire. Du reste, que l’économie mosaïque ait été rétablie, c’est ce que je n’accepte pas, parce qu’elle n’avait pas été pleinement et définitivement mise de côté avant l’arrivée et le rejet du Seigneur. Le royaume avait été renversé ; le culte avait été interrompu et n’a jamais été complètement rétabli ; mais encore y avait-il une promesse formelle qu’à la fin des 70 ans il y aurait retour de la captivité, leurs oppresseurs étant jugés. L’auteur nous renvoie aux pages 18, 19 de mes Observations : or dans ces deux pages, je trouve tout le contraire de ce qu’on prétend, en disant que je ne peux nier le rétablissement de l’économie mosaïque. Voici ce qui y est dit en particularisant ce qui manquait au second Temple : « Eh bien ! les hommes ont-ils pu rétablir ce qui dépendait de la puissance, de l’autorité et de la grâce de Dieu ? Non, ils ne l’ont pas pu ». J’ai dit « les ordonnances n’étaient pas abolies », ce qui est très-vrai ; elles ne l’ont été qu’à la mort du Seigneur, et de fait judiciairement, seulement lorsque Titus a pris Jérusalem.

 

6.3        [L’économie du Nouveau Testament : elle subsiste, mais l’institution des anciens est suspendue]

On insiste sur ce que j’ai « reconnu que l’économie du Nouveau-Testament n’est pas abolie et que ses institutions subsistent ».

Pour la première partie, savoir que l’économie du N. T. n’est pas abolie, je ne l’ai pas ainsi nommée p. 15 de ma brochure (*), à laquelle on nous renvoie. Ou peut dire cependant en toute sûreté qu’elle ne l’est pas, mais je crains que ce ne soit pas cette controverse qui m’en ait convaincu. Nous en faisons tous partie ; du moins, je l’ai toujours supposé. Que ses institutions subsistent, c’est une question que je n’ai pas touchée dans cette page de ma brochure. J’ai parcouru toute la brochure et je ne trouve rien qui y ait trait, sauf ce qui implique juste le contraire. Je l’ai traitée longuement dans mon Appel à la conscience. Là (**), j’ai fait voir qu’on peut distinguer entre la loi d’une institution et son état pratique, en ce que la première ne change pas, tandis que l’institution elle-même peut être corrompue entre les mains des hommes ou cesser aussi d’exister en pratique. J’y ai remarqué qu’en prétendant établir des anciens à Genève, ils n’ont pas agi selon la loi divine de l’institution. Plusieurs institutions du N. T. subsistent. Il y en a qui ont été profondément corrompues. En plusieurs endroits, ces corruptions ont été plus ou moins ôtées. Il y a des institutions qui supposent l’exercice de la puissance pour qu’elles existent de fait et que les fonctions qu’elles supposent soient en exercice actif. Or si cette puissance n’est pas en activité, la loi de l’institution n’est pas changée, mais de fait l’institution reste suspendue quant à son existence pratique officielle. C’est le cas de l’institution des anciens : la loi n’en est pas changée, mais cette loi suppose, pour leur nomination, l’exercice d’une puissance qui n’existe plus. Il ne serait pas vrai de dire, d’une manière absolue, que les institutions du N. T. subsistent ou qu’elles ne subsistent pas. Je n’en ai rien dit que je sache, mais voilà ma pensée.

 

(*) Observations sur l’écrit intitulé le Plymouthisme etc.

(**) p. 29. On doit lire institution où il y a instituteur.

 

6.4        [« Ne pas céder à Satan » n’implique pas de reprendre des institutions sans Dieu et sans l’autorité de la Parole]

On dit que je repousse l’allégation d’après laquelle le système aurait dit qu’il fallait céder la victoire à Satan et lui abandonner les institutions de Dieu, lorsqu’il s’en est emparé. Il n’en est pas question dans la page à laquelle on renvoie le lecteur. Mais effectivement je repousse l’allégation qu’il faut céder à Satan.

Mais quand on dit : d’où il résulte qu’il faut lui reprendre les institutions, — je réponds, qu’il s’agit de ce que Dieu nous donne à faire, et si le jugement de Dieu nous a privés de quelque chose en nous ôtant le pouvoir nécessaire pour l’établir, ce n’est pas une victoire sur Satan, mais bien une victoire de Satan, quand on prétend le faire et qu’on le fait ainsi sans Dieu et sans l’autorité de la Parole.

 

7         [Les précédents écrits de JND ne sont rétractés en rien]

Maintenant quant à la complète rétractation, elle n’existe que dans l’imagination de l’auteur. Je n’ai pas fait de rétractation sur un point quelconque que je sache. Je n’ai pas encore senti le besoin d’en faire quant au point principal, que l’apostasie est venue en principe et que la chrétienté ira de mal en pis jusqu’à ce que Dieu la juge. [pas de saut de paragraphe dans l’original]

 

7.1        [Il faut insister toujours davantage sur ce que l’apostasie est venue]

Je sens toujours davantage le besoin d’insister là-dessus pour réveiller sur ce point la conscience des chrétiens. Si je pouvais crier d’une voix qui retentît dans tout le monde et se fît entendre par tous les chrétiens, je les avertirais de cette solennelle vérité, comme je les ai avertis dans ma faiblesse dans la sphère où Dieu m’a placé. J’espère que Dieu me ferait la grâce de rétracter franchement toute erreur dans laquelle je serais tombé, lorsque j’en ferais la découverte. [pas de saut de paragraphe dans l’original]

 

7.2        [En face de l’apostasie, seule la venue du Seigneur peut relever le cœur. Urgence d’insister sur ces vérités]

Je ne doute pas que je ne voie en bien des détails plus clair que quand j’ai annoncé cette solennelle et douloureuse vérité, en présence de laquelle il n’y a que la venue du Seigneur qui puisse relever le cœur ; mais ces lumières plus exactes n’ont fait que rendre la vérité que j’ai annoncée plus claire, plus urgente, plus solennelle pour mon cœur et pour la conscience de tous les chrétiens. J’espère que Dieu me fera la grâce de la mettre toujours plus fortement sur la conscience des enfants de Dieu. L’opposition du parti auquel l’auteur appartient ; les doctrines affreuses par lesquelles on cherche à renverser la vérité (telle que celle qui enseigne que l’économie passée n’a pas été mise de côté à cause des péchés des hommes) ne font que rendre plus urgente une insistance fidèle sur la vérité à ce sujet.

 

7.3        [Bref rappel de l’aboutissement de la chrétienté]

Le principe de l’apostasie, de la révolte ouverte du dernier jour, est en activité ; il a produit un système qui est en opposition à Dieu. Le résultat en sera le retranchement de tout ce qui se dit chrétien (sauf toujours les vrais enfants de Dieu qui seront enlevés) et les Gentils n’ayant pas continué dans la bonté seront retranchés.

J’affirme hautement que Dieu a mis fin à l’économie judaïque à cause des péchés des Juifs. J’affirme qu’il en fera autant à l’économie qui existe (si l’on veut l’appeler économie, terme peu exact peut-être) et qu’il importe aux chrétiens de reconnaître le juste jugement de Dieu qui est suspendu sur leurs têtes.

 

8         [Le rétablissement des Anciens. Le cas de Genève était représentatif du cas général]

Une question locale et secondaire a été soulevée, importante seulement en tant que la solution en tranchait une autre plus générale, savoir celle-ci : peut-on rétablir des choses qui exigent la puissance et une autorité spéciale qui suppose l’intégrité du système chrétien, quand cette intégrité a été perdue en pratique, quand l’autorité spéciale n’existe plus, ni la puissance par laquelle cette autorité accomplissait sa tâche ?

C’était la question de l’établissement des anciens par le corps qui s’appelle l’église évangélique à Genève. Quant à l’auteur [Saladin] qui a défendu la nomination qui a eu lieu, cette question est en effet décidée. Il nous dit : « je ne prétends nullement que l’Église ait suivi la meilleure marche pour le choix et l’installation de ses anciens et de ses diacres ; peut-être est-il possible de le faire beaucoup mieux ; je le pense même dans une certaine mesure ; mais elle a agi selon la lumière que Dieu lui a donnée, elle a été et elle est bénie du Seigneur. Après avoir fait l’expérience de ses voies, rien ne l’empêche de les modifier, suivant que le Saint-Esprit lui montrera par la Parole la marche qu’elle doit suivre ».

 

8.1        [L’établissement des Anciens a-t-il été selon la Parole ?]

L’auteur, l’ancien qui a été choisi, pense que l’église n’a pas suivi la meilleure marche dans le choix et l’installation de ses anciens et de ses diacres ; peut-être est-il possible de le faire beaucoup mieux : ce qui rend parfaitement certain que l’église évangélique n’a pas agi selon la Parole, car dans ce cas elle aurait suivi la meilleure marche possible, la seule bonne et vraie ; il n’aurait pas été possible de faire beaucoup mieux. Il est impossible d’avoir un aveu plus positif que le choix et l’installation des anciens de l’église évangélique à Genève, n’a pas été selon la Parole. C’est ce que j’ai pensé, c’est ce que j’ai dit, c’est ce que je pense encore et c’est parce que ce n’est pas selon la Parole que je ne l’accepte pas. Que, lorsqu’elle aura fait l’expérience de ses voies qui ne sont pas selon la Parole, rien ne l’empêche de les modifier suivant ce que le St-Esprit lui montrera par la Parole, n’est point une raison pour se conformer à sa marche pendant qu’elle s’en éloigne.

La question du choix des anciens, à Genève au moins, est décidée pour celui qui respecte la parole de Dieu. Je ne prétends nullement que ce soient mes raisonnements qui aient produit cette conviction dans l’esprit de l’auteur. Je ne doute pas même qu’il ne l’ait puisée ailleurs.

 

8.2        [En finale du sujet de la rupture des relations de Dieu avec Israël à cause de leurs péchés]

Quant à la question principale, savoir si Dieu a mis fin à ses relations avec Israël sous l’ancienne alliance à cause des péchés de ce peuple, j’en laisse la décision à tout chrétien qui prend la Parole pour son guide.

 

8.3        [Le principe de la volonté populaire comme source d’autorité dans l’Église illustré dans le cas de l’établissement des Anciens]

Un autre principe général ressort de cette brochure [« Dernier mot »], qui est assez important : C’est que non-seulement l’élection populaire est la source de l’autorité dans l’Église de Dieu, mais qu’en supposant même que quelqu’un a été dûment établi dans la place d’ancien, le peuple n’a qu’à être mécontent et l’ancien doit se retirer. Ce que le souffle populaire a créé, le souffle populaire peut le détruire. « C’est maintenant à vous, est-il dit, d’examiner devant le Seigneur, si vous ne me jugez plus digne de votre confiance, et si je dois me retirer ».

 

8.4        [Ne pas parler la « langue de bois »]

Je n’ai qu’une remarque à ajouter pour exprimer ma manière de penser : on m’accuse d’omissions et de soustractions de mots : on m’accuse d’insinuations sur le caractère du Seigneur. Si l’on croit que cela est vrai, on ferait beaucoup mieux de dire qu’il y a de la mauvaise foi et de l’impiété. J’aime la franchise ; je repousse l’habitude de parler des choses et de ne pas leur donner leur vrai nom.

 

[La suite de cette brochure (pages 31 à 39 de l’original) est publiée séparément par Bibliquest avec le titre de Réponse à Mr le Comte de Gasparin]